Jean-Jacques Politano, pouvez-vous vous présenter ?
J’ai 62 ans. J’ai suivi une carrière professionnelle à laquelle ne me destinaient pas mes études puisqu’après une maîtrise en chimie, je suis entré en 1974 dans une entreprise aixoise de travaux publics. J’en suis devenu le PDG dix ans plus tard. J’ai longtemps siégé à la fédération départementale du BTP, puis à la fédération régionale. En 1987, j’ai été élu au Conseil de prud’hommes, jusqu’en 2000, date à laquelle j’ai changé de juridiction pour intégrer le Tribunal de commerce. Retraité depuis un an, je consacre désormais tout mon temps à ce dernier.
Voici quelques années, le tribunal a adopté une politique de prévention des difficultés des entreprises ; comment fonctionne-t-elle ?
Nous avons une cellule de prévention, qui reçoit les dirigeants d’entreprises en difficultés. Ils viennent soit de leur propre initiative, soit parce que nous les convoquons, du fait d’un certain nombre de clignotants qui nous sont donnés par le greffe : par exemple, procédures d’injonction de paiement diligentées à leur encontre, ou non-dépôt des comptes annuels. Le rendez-vous est rapide – dans la semaine qui suit – et confidentiel. Nous sommes là pour leur ouvrir les yeux sur la situation réelle et les orienter vers telle ou telle solution pour éviter le dépôt de bilan. Le traitement peut consister en la nomination d’un « mandataire ad hoc ».
Quel est le résultat de cette politique ?
Pour les entreprises qui refusent de passer par la prévention, sur 100 dépôts de bilan, 95 entreprises disparaissent, seules 5 sont sauvées. En revanche, en cas de passage devant la cellule de prévention, puis de nomination d’un « mandataire ad hoc », sur 100 entreprises en difficulté, nous arrivons à en sauver 60, sans la moindre procédure judiciaire, et donc en toute confidentialité. L’an dernier, plus de 300 entretiens de prévention se sont déroulés au Tribunal de commerce ; nous avons d’ailleurs renforcé l’équipe de la cellule de prévention, qui est passée de deux à trois conseillers.
Vous allez donc poursuivre dans cette voie ?
Oui. Je n’oublie cependant pas qu’il existe aussi des chefs d’entreprises indélicats qui organisent la faillite de leur société. Ceux-là, il faut les écarter de l’activité économique : l’an dernier, le Tribunal de commerce a prononcé 21 interdictions de gérer une entreprise, et 5 faillites personnelles. Outre le fait de développer la politique de prévention des difficultés, je veux présenter le Tribunal de commerce à l’extérieur : je l’ai déjà fait devant une organisation professionnelle, et à la faculté de droit. Je veux poursuivre cette action auprès d’autres organisations professionnelles et des chambres consulaires.

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